LETTRE D’INFORMATION PRINTEMPS 2021

Des nouvelles du CAIRH

Chers amis du Centre Artistique International Roy Hart,  

Cela fait un moment que nous ne vous avons pas donné de nouvelles. Que d’événements depuis un an ! Par où commencer ? Le CAIRH, Malérargues et ses habitants tiennent le cap. Quelques habitants de Malérargues ont contracté le Covid, mais sans que cela nécessite une hospitalisation.

Des stages continuent à s’organiser à Malérargues, c’est autorisé car le CAIRH est organisme de formation professionnelle. Mais beaucoup de stages hélas sont annulés, faute de participants. Les restrictions sur les voyages ne vous permettent plus de venir des quatre coins du monde… Le programme des stages est en ligne, pour ceux jusqu’à mi-octobre 2021. Il faudra être encore un peu patient pour la mise en ligne des stages de la fin 2021. Notre responsable administrative Béatrice David est au chômage partiel : elle travaille à Malérargues de 1 à 3 jours par semaine. Si vous souhaitez des informations sur un stage, il vaut mieux écrire un email plutôt que d’appeler au téléphone.

Voir les stages à Malérargues

Le CAIRH bénéficie de dispositifs d’aides de la part de l’État français, ce qui nous permet de rester en bonne santé financière malgré cette activité ralentie. Nous tenons aussi le cap grâce à la générosité de ceux qui ont contribué à notre collecte, sur la plateforme en ligne Hello Asso: 57 personnes ont fait des dons, pour un montant total à ce jour de 4841,93€. Un immense merci à vous ! Il est toujours possible de faire un don.

FAIRE UN DON

La vie associative du CAIRH a connu son lot de bouleversements. Notre structure juridique est celle d’une Association Loi 1901, administrée par un Conseil d’Administration élu lors d’une Assemblée Générale qui se tient habituellement l’été à Malérargues. Pour plusieurs raisons, il était compliqué de maintenir l’événement sur l’été 2020. Nous l’avons reporté, espérant l’organiser « en vrai » ultérieurement à Malérargues. Mais les mois passaient et cette perspective ne se profilait pas.

L’Assemblée Générale 2020 a finalement eu lieu le dimanche 3 janvier 2021… en ligne ! Notre première Assemblée Générale en ligne. Nous nous étions entraînés à nous réunir via Zoom, lors d’un séminaire de deux jours en novembre 2020, réunissant une soixantaine de Membres Actifs et Membres Associés. A cette occasion, nous avons parlé « Raison d’être » et « Gouvernance » du CAIRH. De cela, nous vous reparlerons.

Lors de cette Assemblée Générale, le Conseil d’Administration a été profondément remanié. Sont arrivés en fin de mandat : Jonathan Hart, Ralf Peters, Alice Claparède, Viviane Gay. Qu’ils soient ici remerciés du temps et de l’énergie qu’ils ont donnés à notre association. Un nouveau Conseil a été élu, avec à sa présidence une femme, Véronique Taconet… Depuis le 3 janvier 2021, les membres du Conseil d’Administration sont :

Présidente: Véronique Taconet
Vice-présidents: David Goldsworthy et Zelino Rocha
Secrétaire: Maryline Guitton
Vice-Secrétaire: Costanza Amici
Trésorière: Marie-José Torrero

Partout dans le monde, la vie professionnelle des professeurs affiliés au CAIRH est bouleversée. Les confinements, couvre-feu, mesures sanitaires ont remis en question les pratiques autour de la voix. Quand ces activités ne sont pas tout simplement interdites, elles sont légiférées drastiquement. Comment chanter en portant un masque ? L’enseignement en ligne est devenu incontournable. Il pose de nombreuses questions: qualité du son médiocre, difficulté à entrer en relation. Certains s’en méfient, voire le refusent. D’autres s’y lancent avec enthousiasme et y trouvent un espace de renouvellement créatif. Vous trouverez divers témoignages de professeurs ci-après. Nous vous en souhaitons bonne lecture. Si vous souhaitez en savoir davantage sur tel ou tel professeur, rendez-vous sur la page « Professeurs » de notre site.

Nous vous espérons en bonne santé vous et vos proches. Et espérons vous revoir bientôt à Malérargues ou ailleurs… en chair et en os! Salutations créatives

Enseigner en visio, pour vous, c’est comment ?
Témoignages de professeurs affiliés au CAIRH

« Puisque je tiens beaucoup à garder une bonne correspondance avec mes élèves, qui voudraient venir ici à Malérargues comme ils le faisaient avant les confinements et les couvre-feux, alors j’ai commencé à enseigner par le biais de Zoom! C’est un grand défi, car notre travail sur la voix, le corps, l’esprit est basé essentiellement sur une présence dynamique et réelle. Mais, j’ai noté que souvent l’élève se concentre bien, une fois que l’on aborde les piètres circonstances de cette distance, du son modifié, de cet éloignement bizarre, le désir de donner sa voix prend le dessus, et nous savons que nous n’avons pas le choix, donc il faut bien s’adapter.” Kaya Anderson, Malérargues (France)

“Les cours en visio peuvent venir en complément de ceux en présence physique directe. Ils permettent surtout de garder notre organisme présent et vivant, tel qu’il s’exprime à travers la voix. La relation, le sentiment et la sympathie peuvent se transmettre même en l’absence de contact physique. La réalité non corporelle de la voix s’étend à la connexion numérique. Donner de la voix en ligne n’est pas éthéré, c’est bien palpable.” Kevin Crawford, Arezzo, Toscane (Italie)

“ Ce que j’aime le plus dans l’enseignement en ligne, c’est qu’il encourage les étudiants à surmonter un énorme défi : développer une pratique cohérente à la maison. Lorsque nous [Audrey et Andrés Zara] ne donnions que des leçons en présence, nos élèves trouvaient toutes sortes d’excuses pour ne pas continuer à travailler en dehors de notre studio. Manque d’espace, peur de déranger les voisins, timidité devant leur famille et leurs amis. Désormais, nous disposons d’un outil formidable pour aider les gens à passer à un niveau supérieur de leur pratique créative. C’est une expérience inspirante d’assister à la transformation de nos élèves, à l’autonomisation personnelle qu’ils ont ressentie en intégrant leur voix et sa richesse au cœur de leur vie quotidienne et auprès de leurs proches.” Audrey Pernell, Santiago (Chili)

“Je donne très peu de cours en visio et seulement pour travailler sur des objectifs précis comme la lecture d’un texte. J’ai réalisé deux vidéos avec des exercices vocaux, que j’ai envoyées à quelques personnes. Mais cela fait plutôt partie d’un projet artistique avec ces personnes que je connais très bien. Je ne me sens pas capable de donner une « vraie » leçon de voix en ligne parce que je ne peux pas entendre la voix, ou mieux la personne, de la manière dont j’ai besoin pour être en contact avec elle.” Ralf Peters, Cologne (Allemagne)

“Parler des cours en ligne me parait complètement antinomique avec le travail du Centre Roy Hart. Qui passe tellement par le corps. Je suis intermittente du spectacle en parallèle à mes cours de chant (en live) que je donne à la maison. Je pense que le spectacle vivant, comme le travail vocal, doivent rester palpables: les sensations, le face-à-face incarné, l’acceptation implicite d’un mystère qui se confond avec l’instant, la chair, la respiration, le regard choisi, la proximité, la prise de risque… elle est là, la magie à mes yeux. Je reste méfiante quant aux habitudes rapides que peuvent prendre les élèves de rester chez eux pour travailler leur voix et Malérargues n’aura plus de sens ! La contagion numérique aura entre temps gagné des parts de marché et le grand public de nouvelles habitudes. Voici mon point de vue inspiré par Jean Michel Dijan (journaliste et écrivain) qui pose les mots justes sur ce que nous traversons.” Anne-Sophie Masson, Foix (Ariège, France)

“Pendant assez longtemps, j’étais réticente à l’enseignement en ligne : j’aime tellement entendre, voir et sentir le travail des autres dans la salle. Au début, je n’ai fait aucun effort pour proposer mon travail en visio. Puis, à la fin du deuxième confinement, de plus en plus de personnes m’ont contactée, désireuses de chanter et de se connecter à elles-mêmes. Et ça marche, ça fonctionne d’une manière différente. En ligne, on peut aussi écouter et être entendus : c’est l’aspect le plus important pour moi. Et c’est aussi amusant !” Walli Höfinger, Berlin (Allemagne)

“Depuis le début de la pandémie, je me suis tenue informée de mon mieux. Ici, au Brésil, nous sommes tellement impuissants dans les actions collectives que l’organisation dans la société a été notre seule issue. Avant la pandémie déjà, je donnais des cours en ligne. Pour moi, l’enseignant et l’élève doivent avoir une vision claire des conditions disponibles pour esquisser ensemble ce qu’il est possible de faire. Je regrette la qualité audio des plateformes accessibles pour l’enseignement en ligne (GSuite, Zoom, Skype). Elles sont conçues pour répondre à une situation discursive, qui implique la parole. On sait que cela masque, aplatit, comprime le son, par souci d’efficacité. Sinon, le plus grand défi a été de créer en temps réel. J’aime ce que ces défis m’ont apporté et je me suis consacrée à trouver d’autres façons de créer collectivement. J’utilise plusieurs ressources ; pour l’instant, surtout Cleanfeed.” Paula Molinari, Teresina, Piauí (Brésil)

“En particulier pour l’enseignement en ligne avec  » l’élève à la maison « , je me rapproche de l’un des principaux points d’attention de tout mon enseignement : le lien entre la vie quotidienne et notre travail vocal et théâtral. La vie ou le théâtre ? [citation de Charlotte Salomon] est toujours le fil conducteur de ma vie et mon désir de le transmettre. Connecter et découvrir la richesse de nombreuses sources de créativité, d’inspiration et de motivation dans un monde de quarantaine et d’isolement semblent essentiels à ma vie personnelle, ma recherche théâtrale et l’interaction avec mes étudiants dans ces temps de Corona et au-delà.” Zwaantje de Vries, Nijmegen et Amsterdam (Pays-Bas)

“J’étais sceptique sur l’enseignement en ligne. J’ai pris des cours avec Carol Mendelsohn via Skype pendant le premier confinement : le processus pouvait quand même avoir lieu à l’intérieur de moi ! Alors j’ai franchi le pas, avec des cours individuels uniquement. Cela permet d’assurer un suivi aux personnes qui habitent loin de chez moi, ça règle le problème du couvre-feu. Et ça répond aux mesures sanitaires. J’ai remarqué que l’enseignement en ligne fonctionne mieux avec les personnes qui me connaissent déjà ou qui connaissent le travail du Centre Roy Hart. Elles peuvent s’autonomiser, sont attentives à leurs sensations corporelles. Le jour où j’ai vu une de mes élèves pleurer derrière l’écran a été très fort pour moi, j’ai eu la confirmation que le processus œuvrait en elle, que la voix se transformait. J’ai rencontré des difficultés avec des débutants qui avaient des blocages corporels. En retrouvant l’une de ces personnes plus tard en présentiel, c’était clair qu’elle avait besoin d’être accompagnée en direct.” Véronique Thomas, Rennes (France)

“J’ai refusé de donner des cours en ligne jusqu’en mars 2020. Petit à petit, j’ai commencé à réaliser que c’était possible, que ça avait du sens. C’est allé de mieux en mieux. Tout d’abord, ma principale préoccupation concernait l’écoute : comment pouvais-je entendre suffisamment bien mes élèves ? Comment pourrais-je les voir et… comment pourrais-je les ressentir ? J’ai fait quelques investissements en matériel et en acoustique. Pour chaque leçon en visio, je me prépare pour me concentrer, m’ancrer et m’incarner, et de même à la fin. Je ne m’attends pas à faire la même chose qu’en studio, mais à faire émerger les possibilités qui se présentent. Je suis un processus, une expérience très lente et incarnée à chaque leçon. Oui, le contact et le studio me manquent mais d’autres possibilités se sont présentées, comme enseigner au Portugal, en France, en Italie, en Amérique… Saule Ryan a été mon premier professeur à Malérargues, j’ai cette merveilleuse « photo » dans mon cœur… Quel moment spécial ! Je crois qu’il faut donner et recevoir, honorer ce qu’un être humain aussi merveilleux a ouvert dans ma vie. Saule est devenu mon étudiant, et nous avons travaillé en ligne. Je suis très heureux de chaque leçon et de nos progrès.” Joao Charepe, Lisbonne (Portugal)

« En Suisse, les leçons individuelles sont permises (contrairement aux stages en groupe). J’ai pu continuer à en donner dans ‘la vraie vie’, ce qui est bien sûr beaucoup mieux que dans le monde virtuel. L’enseignement en ligne est un repère qui nous relie quand on ne peut pas faire autrement. Dans ce monde virtuel, par Zoom, je sens qu’on peut malgré tout transmettre et percevoir les énergies de la voix, des émotions, l’intention de l’expression, donner quelques tuyaux pour la respiration et travailler sur des chansons. Le plaisir de chanter s’éveille pendant la leçon, le feeling du : c’est mieux que rien, il ne faut pas oublier comme ça fait du bien de s’exprimer par la voix ! » Esther Knappe, Zurich (Suisse)

“J’ai commencé à donner des cours individuels en ligne en avril 2020 lors du premier confinement. Ils étaient stimulants, émouvants, chaotiques, et souvent drôles entre les phrases qui disparaissaient et les interruptions – mais ils étaient pertinents. Je continue à travailler individuellement car cela crée un dialogue continu avec les « élèves » que je ne pourrais pas suivre autrement. À l’automne, Pantheatre a lancé un programme en ligne au Chili pour une douzaine de participants. C’était dynamique, chaleureux, beau et amusant – et cela a produit un travail et des dialogues étonnamment créatifs. Plus tard en décembre, nous avons commencé à lancer un programme international pour un groupe permanent. Cette initiative a modifié toute la dimension de mon travail. Je me demande constamment comment m’engager et transmettre. J’ai des doutes, mais aussi des inspirations. Le processus de sélection a été assez long, mais a abouti à un travail avec un formidable groupe d’artistes matures, dans un processus de recherche et d’apprentissage. L’enseignement en ligne ouvre un espace pour la théorie et la pratique et les participants ont un travail considérable à faire seuls. Enrique [Pardo] et moi-même avons mis en place ce projet avec des artistes de longue date et des collègues du Panthéâtre. C’est une collaboration précieuse. Le prochain défi est le festival Mythe et Théâtre – peut-on imaginer l’événement en direct et en ligne ? Les premières expériences étaient prometteuses…” Linda Wise/ Panthéâtre, Paris (France)

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